Retraites. Prendre les sociaux-libéraux de vitesse

14 mai 2010

Entretien avec J. Généreux, Marianne, 30 avril 2010.


Retraites. Prendre les sociaux-libéraux de vitesse
entretien de J. Généreux avec Alexis Lacroix

Marianne : Quelles oeillères idéologiques marquent, d’après vous, le débat actuel sur les
retraites ?

Jacques Généreux : La majorité de nos élites soutient que le seul moyen de sauver les retraites est d’allonger la durée de cotisation. C’est hallucinant puisque, de toute évidence, étant donné nos capacités actuelles d’emploi des salariés âgés, cette solution aura pour seul effet certain une baisse dramatique du niveau des pensions. La durée effective de cotisation ne se décrète pas, sauf si le gouvernement est disposé à garantir le plein-emploi permanent. Il pourrait le faire ! Dans mon dernier livre, Le Socialisme néomoderne, j’ai proposé une  » Sécurité sociale intégrale « . Ce système garantirait à tous un salaire tout au long de leur vie active, qu’ils soient employés, en formation ou détenteurs d’un emploi public en attendant de trouver un emploi privé. Mais de cela la droite ne veut évidemment pas entendre parler. Donc, compte tenu de notre capacité d’emploi et de l’évolution démographique, le seul moyen qui garantit l’équilibre financier des retraites, sans baisse des pensions, c’est l’augmentation des ressources. Cela suppose, d’après les dernières projections du COR, une faible hausse du taux de cotisation d’environ 0,25 point par an jusqu’en 2050. Ce n’est vraiment pas un choc salarial insoutenable pour notre compétitivité, et cela ne ferait que rendre progressivement au travail les revenus qui en ont été détournés vers les profits depuis 1983.

Comment expliquer que l’on n’ait pas appliqué cette solution ?

J.G. : Sans doute par la congruence de plusieurs  » pensées uniques « . Depuis les années 90 et le gouvernement Juppé, la droite néolibérale a un projet bien précis : la chasse au temps libre rémunéré – congés, retraites, RTT -, qui est évidemment du temps perdu pour le capital. Cela exclut a priori tout allongement du temps de retraite financé par des cotisations. Au service de son projet, la droite s’efforce d’ancrer la certitude qu’  » on ne peut pas faire autrement « , à cause de la mondialisation qui nous obligerait à comprimer nos charges fiscales et sociales. Dans tous les pays européens qui ont un système social fort, les néolibéraux n’ont ainsi cessé d’installer les conditions d’une destruction du pacte social forgé à la Libération. Leur méthode ? Vider les caisses de l’Etat et de la Sécu à coups d’exonérations et de  » cadeaux  » aux riches, pour nous persuader que nous vivons au-dessus de nos moyens. Donc, ne nous y trompons pas : si cette droite donne parfois l’impression de zigzaguer, sa stratégie véritable obéit à un projet intangible.

Où en est-elle, à présent, de son plan ?

A la « phase 2 » de son projet. Après avoir ancré dans les esprits la conviction que l’Etat ne peut plus faire grand-chose, il est temps d’entamer la purge effective des systèmes sociaux, par la promotion des assurances privées et de retraites publiques plus faibles.

Et la gauche ? Quelles stratégies oppose-t-elle à cette pensée unique libérale ?

J.G. : La gauche n’a pas su mettre en oeuvre une réforme juste et durable des retraites, car elle est paralysée par le clivage interne au Parti socialiste. Depuis la fin des années 80, avec le gouvernement Rocard, une nouvelle gauche prétendument  » moderne  » est persuadée qu’en raison de la compétition imposée par la mondialisation nous sommes condamnés à travailler plus intensément et plus longtemps. Elle suit les recommandations de la  » troisième voie  » théorisée en Grande-Bretagne par Anthony Giddens – le penseur du blairisme -, à savoir que la seule façon de défendre les valeurs de gauche consisterait bizarrement à mettre en oeuvre les politiques néolibérales ! Cette gauche-là s’est donc résignée à l’idée que la seule réforme des retraites raisonnable est celle qu’a concoctée la droite.

Une gauche, donc, résignée à ne pas retrouver les fameuses marges de manœuvre recherchées depuis le rapport Charpin ?

Une gauche social-libérale tellement contaminée par la fable néolibérale des « marges de manœuvre disparues » qu’elle n’ose même plus penser la moindre hausse des ressources publiques pour financer ce bien public qu’est une bonne et longue retraite pour tous. Dominique Strauss-Kahn, au moment de la réforme Fillon, en 2003, laissait déjà entendre qu’il faudrait bien se résoudre à une réforme prescrivant de travailler plus. Par métastases successives, l’idée d’un allongement de la durée de cotisations a gagné la plupart des leaders socialistes. Or, dans cette course à la « modernité », la droite a une longueur d’avance sur la gauche social-libérale ; c’est qu’à la différence de cette dernière, elle ne croit pas à la fable qu’elle raconte : elle sait bien, elle, que c’est sa politique qui façonne la tournure de la mondialisation, et non l’inverse.  

Propos recueillis par Alexis Lacroix

Jacques Généreux est professeur à Sciences-Po et secrétaire national à l’économie du Parti de gauche. Auteur du Socialisme néomoderne (Seuil, 2009), il publiera en septembre la Grande Régression (Seuil).

Ceci est la version intégrale d’un entretien publié sous une forme légèrement abrégée dans : Marianne, no. 680 / IDÉES, vendredi 30 avril 2010, p. 86 / Débat

Face à la crise, les pistes d’une autre politique !

14 mai 2010

http://www.dailymotion.com/swf/video/xday9w_j-genereux-l-esprit-de-munich-a-env_news

SUR LE PARTAGE DES RICHESSES

14 mai 2010

Tribune parue dans Le Monde du 11 mai 2010

Déficit des retraites ou crise de l’euro : tout revient à la question de la prédation croissante que la finance opère au détriment du travail sur la richesse produite. L’appauvrissement des Etats, comme des particuliers, et les dettes qui en résultent n’ont pas d’autre origine ! C’est cette réalité que Jean Peyrelevade couvre d’opprobre : « Démagogie », « mensonge », « réalité travestie » (Le Monde du 28 avril).

Le constat est pourtant établi avant même le déclenchement de la crise. Dans un entretien au Financial Times (septembre 2007), Alan Greenspan, l’ex-président de la Réserve fédérale américaine, observait lui aussi cette « caractéristique très étrange » du capitalisme contemporain : « La part des salaires dans le revenu national aux Etats-Unis et dans d’autres pays développés atteint un niveau exceptionnellement bas selon les normes historiques. »

De son côté, la Banque des règlements internationaux qui regroupe les banquiers centraux de la planète notait en juillet 2007 : « La part des profits est inhabituellement élevée et la part des salaires inhabituellement basse. L’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les 45 dernières années. » La Commission européenne, elle, a calculé, dans un rapport de 2007, que la part des salaires dans l’ensemble de l’économie française est passée de 66,5 % en 1982 à 57,2 % en 2006, soit une baisse de 9,3 points de la richesse totale du pays. Alors ? Tous menteurs et démagogues ?

Ce partage injuste de la richesse est stable depuis vingt ans, comme le note M. Peyrelevade. C’est précisément parce que la révolution néolibérale a permis pendant tout ce temps au capital d’accroître sa ponction sur les salariés à mesure qu’ils produisaient davantage et moins cher ! Car le décrochage est bien plus fort : en 1982, salariés et chômeurs représentaient 84 % de la population active et se partageaient 66,5 % de la richesse, selon les chiffres de la Commission européenne ; ils constituent aujourd’hui 92 % des actifs, mais ne perçoivent plus que 57 % des richesses. Non seulement la part des travailleurs s’est réduite, mais elle est divisée entre davantage de salariés !

Cet appauvrissement du travail est odieux, car, depuis 1982, la richesse créée par actif a augmenté de 30 %. Ces fabuleux gains de productivité réalisés par les travailleurs ont été largement accaparés par le capital : dans les années 1980, 2 points de PIB par an étaient redistribués aux salariés ; depuis les années 1990, le ratio est tombé à 0,7 point de PIB par an !

Enfin, M. Peyrelevade nous accuse de nous référer à la meilleure année de partage pour les travailleurs, en 1982. Hélas pour lui, notre constat est toujours vérifié quand on fait des moyennes par décennie : la part du travail est passée de 74,08 % pour 1974-1984 à 67,54 % pour 1997-2007. Soit 6,5 points de richesse perdus par les salariés. Selon que l’on calcule par rapport au pic de 1982 ou en moyenne par décennie, la part perdue par le travail représente aujourd’hui entre 80 et 170 milliards d’euros par an. Cela donne une idée des marges de manoeuvre qu’un gouvernement de Front de gauche pourrait mobiliser !

Retour de balancier
M. Peyrelevade objecte encore que le retour de balancier au profit du travail réduirait la part du capital au point de compromettre tout investissement des entreprises. Voyons les faits. En 1990, 75 % de la part du capital étaient destinés aux investissements contre à peine 57 % en 2007. La part captée par les actionnaires est passée de 22 % à 36 %. C’est donc bien la domination des actionnaires et leur avidité qui brisent l’investissement.

M. Peyrelevade nous accuse de mentir. Un expert parle ! Ancien président du Crédit lyonnais, il fut condamné dans l’affaire Executive Life par la justice américaine pour « fausses déclarations », qu’il reconnut ; il en coûta plus de 700 millions de dollars à la France ! Aujourd’hui, il signe pudiquement sa tribune comme économiste ; il est pourtant dirigeant de la banque d’affaires Leonardo et vice-président du MoDem chargé des questions économiques. Malgré le drame qui s’avance en Europe, M. Peyrelevade rabâche les formules qui nous y ont conduits.
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Jean-Luc Mélenchon, député européen, président du Parti de gauche.

LE PS APPROUVE LE PLAN D’AUSTERITE POUR LA GRECE

9 mai 2010

LE PS APPROUVE LE PLAN D'AUSTERITE POUR LA GRECE dans Europe pdf cahuzac202.pdf

Jérôme Cahuzac président PS de la commission des finances à l’Assemblée Nationale a été le porte-parole de son parti lors du débat sur le soutien financier à la Grèce. Dans un discours particulièrement insipide, il donne l’aval des socialistes français au plan d’austérité pour la Grèce.

Un  document à diffuser largement !

Le peuple Grec n’est pas responsable de la crise !

6 mai 2010

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Le Front de Gauche a témoigné le 5 mai sa solidarité avec le peuple Grec en se rassemblant devant le siège manceau de la Banque de France. Les militants présents ont déployés un slogan correspondant à la situation : Les Banques s’en Grèce !

Il n’y a pas de plan d’aide français à la Grèce. La loi votée lundi par les députés UMP et PS ne comporte pas une seule fois ce mot. Ni d’ailleurs celui de solidarité. Chaque fois que le texte mentionne le prêt de la France, il rappelle que son unique objectif est la « stabilité financière de la zone euro ». Il se vante même de prêter cet argent à des taux « sensiblement supérieurs » à ceux auxquels la France l’emprunte. Ce n’est donc pas un plan d’aide mais un prêt sur le dos des Grecs.

Quant à sa dimension française, elle n’existe pas. La loi votée nous inscrit dans un dispositif contrôlé de A à Z par la Commission, la Banque Centrale Européenne et le FMI, conformément aux exigences allemandes. Ces instances devront notamment « négocier avec les autorités grecques l’accord de prêt et les conditionnalités qui lui sont attachées ». La loi accepte par avance les conditions imposées par Barroso, Trichet et le FMI au peuple grec. Elle interdit tout prêt en dehors de ce cadre. C’est dire la triste hypocrisie de Benoît Hamon lorsqu’il prétend que le PS a voté « l’aide » mais pas le plan d’austérité qui en est la condition explicite et absolue.

Un plan d’une violence sociale sans précédent s’abattra donc sur le peuple grec avec la complicité du gouvernement social-démocrate de Papandréou. Un nouveau coup de rabot après les trois plans d’austérité déjà adoptés en 6 mois. Les 13e et 14e mois qui compensent le faible traitement des fonctionnaires et des retraités sont supprimés. La TVA passée de 19 à 21% sera portée à 23% L’investissement public est amputé de 1,5 milliard. Les annuités pour la retraite passent de 37 à 40 ans. Les licenciements seront facilités dans le privé et un CPE (sous-SMIC) créé pour les jeunes et les chômeurs de longue durée. Ces dernières mesures sont sans rapport avec la dette de l’Etat mais c’est toujours ça de pris pour les libéraux ! Bien sûr ce plan ne remet pas en cause les privilèges du premier propriétaire foncier et immobilier du pays qui ne paie pas un sou d’impôt, l’Eglise. Ni ceux des armateurs qui y concentrent la richesse. Le budget de la défense qui est l’un des plus importants d’Europe ne sera pas réduit.

Les taux « punitifs » théorisés par les Etats européens pour redresser le mauvais élève grec punissent donc le petit peu Le peuple qui n’y peut mais. Ils provoqueront une récession qui réduira les ressources nécessaires pour rembourser.

Le bug grec est en marche.

SOLIDARITE AVEC LE PEUPLE GREC

30 avril 2010

http://www.dailymotion.com/swf/video/xd4buw_solidarite-avec-le-peuple-grec-saig_news

 

Rassemblement au Mans, mercredi 5 mai à 17 h, devant la Banque de France, place Lecouteux (!)

Contre les dictats des banques et du Fonds Monétaire International !

Grèce : Plier ou faire plier ?

28 avril 2010

 

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  Dans le calvaire grec, la responsabilité des dirigeants politiques du pays est écrasante. Non pas que le Grec soit génétiquement dépensier et corrompu comme on le susurre. Le refrain des élites européennes est connu : les pauvres ne savent pas gérer l’argent qu’on leur donne. Bon prétexte pour les laisser crever la gueule ouverte. En vrai, la corruption découle du déversement sur une petite économie d’un flot d’argent distribué selon le mode opaque de l’Union européenne. Elle marque une croissance exclusivement basée sur les services, l’immobilier et la finance… piliers des prétendus « miracles économiques » vantés par les dirigeants européens. Et si la chaîne a cédé en Grèce, elle craque aussi en Espagne, en Grande-Bretagne, au Portugal, en Irlande.

Non, la plus grande faute des dirigeants socialistes grecs est de vouloir surmonter cette crise en obéissant aux diktats des banques et des marchés.  Les sacrifices imposés au peuple ont été immédiatement captés par la finance à travers le relèvement des taux d’intérêt. Les vampires de la Finance sont excités et non calmés par l’odeur de la saignée ! On le sait d’expérience. Il leur faut toujours plus, au point où la société implose comme cela s’est produit non pas une fois, mais à plus de dix reprises en Amérique Latine. C’est en effet la logique même du système que de chercher l’accumulation maximale en « testant » la capacité des Etats à résister à la spéculation. Dès lors céder au premier choc, c’est inviter la Finance à une nouvelle offensive.

La seule attitude efficace, c’est de rendre coup pour coup. Refuser l’argent du FMI comme l’ont fait les Argentins. Exproprier les multinationales comme Deutsche Telekom et Siemens qui se sont offert le service public grec des télécoms avec moult pots de vin au passage au lieu de leur promettre de nouvelles privatisations. Sanctionner Goldman Sachs car c’est cette banque qui a maquillé les comptes comme elle le fait pour tous ses clients. Ne pas mendier une solidarité européenne désormais officiellement enterrée avec l’appel au FMI, mais la provoquer de force en menaçant de faire exploser tout ce système financier qui prend les peuples à la gorge. Hélas ceci n’est pas envisageable par la social-démocratie qui dirige en Grèce. Donc les banques continuent. Elles plieront le jour où un peuple audacieux portera l’autre gauche au pouvoir.

Retraites : On commence par désenfumer !

15 avril 2010

Deux interventions de Jean-Luc Mélenchon, l’une sur I-tél, l’autre sur RTL :

 

http://www.dailymotion.com/swf/video/xcy0br_un-vaccin-contre-le-cor-mediatique_news

http://www.dailymotion.com/swf/video/xcxf9z_jean-luc-melenchon-invite-de-rtl-13_news

Abroger le bouclier fiscal ? C’est possible !

8 avril 2010

PROPOSITION DE LOI

tendant à abroger le bouclier fiscal,

PRÉSENTÉE

Par M. Thierry FOUCAUD, Mme Marie-France BEAUFILS, M. Bernard VERA, Mme Éliane ASSASSI, MM. François AUTAIN, Michel BILLOUT, Mme Nicole BORVO COHEN-SEAT, M. Jean-Claude DANGLOT, Mmes Annie DAVID, Michelle DEMESSINE, Évelyne DIDIER, M. Guy FISCHER, Mmes Brigitte GONTHIER-MAURIN, Gélita HOARAU, M. Robert HUE, Mme Marie-Agnès LABARRE, M. Gérard LE CAM, Mmes Josiane MATHON-POINAT, Isabelle PASQUET, MM. Jack RALITE, Ivan RENAR, Mmes Mireille SCHURCH, Odette TERRADE et M. Jean-François VOGUET,

Sénateurs

(Envoyée à la commission des finances, sous réserve de la constitution éventuelle d’une commission spéciale dans les conditions prévues par le Règlement.)

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Les sénateurs du groupe communiste républicain citoyen et les sénateurs du parti de gauche avaient soumis au débat du Sénat le 26 mars 2009 une première proposition de loi qui tendait à l’abrogation du bouclier fiscal.

Ils avaient souligné à l’époque l’indécence de maintenir une disposition fiscale qui favorise quelques milliers de privilégiés alors que la société toute entière était frappée de plein fouet par une crise économique sans précédent.

Depuis des années, les politiques publiques sont mises au service des plus grandes entreprises et des ménages les plus aisés, en s’appuyant sur l’illusoire credo qu’un allégement des impôts des plus fortunés et des grands groupes peut créer les conditions de relance de l’activité économique, de la croissance et de l’emploi.

Le bouclier fiscal participe, de manière symbolique à plus d’un titre, de cette démarche dont les allégements progressifs des tranches les plus élevées de l’impôt sur le revenu, l’extension des niches fiscales, la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés ou, plus récemment encore, la suppression de la taxe professionnelle ont été, à un moment donné ou un autre, parfois en même temps, les manifestations les plus significatives.

Le bouclier fiscal, qui tend à plafonner à 50 % du revenu des contribuables le total des sommes qu’ils versent à l’État, aux collectivités locales et à la sécurité sociale avait constitué l’un des arguments principaux de la campagne électorale présidentielle.

Les « résultats » du bouclier fiscal pour 2009 viennent d’être annoncés par le ministre de l’économie, Mme LAGARDE. Ce sont autour de 586 millions d’euros qui ont été versés à environ 16 500 personnes, chiffre en nette hausse par rapport à l’année précédente.

Il faut rappeler qu’en 2008, une somme de 368 millions d’euros avait bénéficié à 1 000 personnes, soit 368 000 francs en moyenne par personne, équivalent à 30 ans de SMIC. Pire, 150 personnes s’étaient partagées 150 millions d’euros.

Une récente étude de l’Insee annonce pourtant que le nombre de personnes dépassant 100 000 euros de revenus annuels a cru de 20 % entre 2004 et 2007 et de 70 % pour ceux dépassant 500 000 euros. Les inégalités sociales se sont donc fortement accrues durant ces dernières années, dans notre pays où 8 millions de Français gagnent moins de 908 euros par mois et sont sous le seuil de pauvreté.

Un tel privilège fiscal à l’égard de détenteurs de patrimoines considérables et bénéficiaires de très hauts revenus est d’autant moins acceptable, que des centaines de milliers de chômeurs se sont ajoutés aux millions existants, que le pouvoir d’achat baisse et que, enfin, une dure réforme des retraites est annoncée au nom de la sauvegarde des finances publiques.

Il y a un an, la majorité sénatoriale a refusé d’abroger le bouclier fiscal.

Mais les temps changent et les Français ont lourdement sanctionné la politique voulue et mise en oeuvre par Nicolas SARKOZY à l’occasion de récentes élections régionales.

L’autisme ou l’obstination ne sont plus de mise, alors que 67 % des Français se prononcent sans équivoque pour la suppression ou la suspension du bouclier fiscal.

Il est temps de mettre un terme à cette disposition d’injustice fiscale qui symbolise une vision de la société archaïque qui assiste les plus riches et pénalise l’immense majorité, qui se débat dans les difficultés du quotidien.

Une vaste réforme de la fiscalité pour contraindre les grosses fortunes et revenus à participer à la solidarité nationale, et pour drainer l’argent vers l’emploi et les services publics et non pas vers les intérêts privés et spéculatifs, est à mettre en oeuvre.

Mais il faut aujourd’hui commencer par répondre à l’urgence, entendre nos concitoyens, en un mot, par abroger le bouclier fiscal.

PROPOSITION DE LOI

Article 1er

Les articles 1er et 1649 O-A du code général des impôts sont abrogés.

Article 2

La présente loi s’applique aux revenus de l’année 2009 et des années suivantes.

Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites

8 avril 2010

Le gouvernement français s’apprête à engager une nouvelle réforme qui risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est déjà catastrophique car toutes les dispositions prises (calcul sur les 25 meilleures années, indexation sur les prix et non plus sur les salaires des actifs, allongement de la durée de cotisation sous peine de décote…) ont déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 %. Elles ont aggravé les inégalités déjà fortes entre les pensions des hommes et des femmes. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen – niveau de la retraite par rapport au salaire, passerait de 72 % en 2007 à 59 % en 2050. Cette dégradation continuera donc de frapper les actuels retraités et touchera également les générations suivantes.

Malgré ce bilan désastreux, le gouvernement veut aller encore plus loin en supprimant l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans en le portant à 62, voire 65 ou 67 ans, comme le demande le Medef, et en remettant en cause le calcul sur les six derniers mois d’activité des retraites du secteur public. Jumelées avec un nouvel allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein, ces mesures condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes. Ce sont les salarié-es les plus jeunes qui subiraient les effets cumulés de ces orientations au moment de partir à la retraite.Le gouvernement et le patronat persistent à vouloir durcir les conditions de départ en retraite alors même que les entreprises continuent de se débarrasser des salariés âgés avant qu’ils aient acquis la totalité de leurs droits. Exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à baisser le niveau des pensions. De plus, cette logique remet en cause la solidarité intergénérationnelle. Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes. Au lieu de voir dans la retraite par répartition une transmission perpétuelle et solidaire de la prise en charge d’une génération par la suivante, le gouvernement et le patronat, afin d’attiser la division, la stigmatisent comme un fardeau pour la seule génération à venir.

Le danger ne s’arrête pas là. Le COR dessine les contours d’une réforme pour remplacer notre système par un autre « par points » ou « par comptes notionnels ». Dans les deux cas, il s’agirait de ne plus avoir à assurer un taux de remplacement du salaire défini à l’avance et de faire de la variation du niveau des pensions le moyen d’équilibre financier des régimes. Cela aggraverait encore la baisse du niveau des pensions et contraindrait les salariés, particulièrement les salarié-es pauvres et effectuant les travaux pénibles, à travailler toujours plus longtemps.

La vraie raison des mesures qui s’annoncent n’est pas liée à la démographie. La crise financière a provoqué une récession et donc une flambée des déficits publics. Les États continuent benoîtement à financer leurs déficits en empruntant sur ces mêmes marchés financiers qui ont provoqué la crise. Réduire ces déficits pourrait se faire par une taxation du capital. Mais les spéculateurs refusent évidemment cette solution, demandent que les États donnent des gages et exigent une réduction des dépenses publiques.

Une alternative à cette régression sociale existe pourtant. A moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.

La question des retraites pose celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité-es, l’idéologie absurde du « travailler toujours plus » et la destruction des solidarités sociales. Nous souhaitons contribuer à une vaste mobilisation citoyenne (réunions publiques, appels locaux…) pour stopper cet engrenage.

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